Des forces de l’aimant

Vous trouverez ci-dessous le texte intégral non modifié de l’ouvrage « Les forces de l’aimant » écrit par l’alchimiste et médecin Suisse Paracelse au XVI siècle.

J’ai déjà dit que, grâce à une admirable vertu, l’aimant attirait le fer et l’acier. Cela est évident, et les médecins le confessent. Mais, ne peut-on rechercher si l’aimant n’a pas d’autres vertus ?

Moi, je dis que l’aimant est une pierre qui attire non seulement le fer et l’acier, mais encore les causes de toutes les maladies du corps. Les vieux docteurs qui ont écrit tant de bêtises sur les quatre humeurs ont singulièrement mal servi la médecine. Car, connaître les quatre humeurs est bien difficile. L’expérience prouve que l’aimant attire à lui toutes les maladies matérielles, qu’il les change de place. Parmi les maladies matérielles, il faut citer : le flux des femmes, et toute maladie qui, partant d’un point pour s’étendre autour, peut se replier sur ce point, comme la sève qui, partant des racines, monte dans les branches, et peut redescendre dans la racine.

Je vais dire comment il faut placer l’aimant : il faut le placer sur le point d’où sort la maladie. Voici un exemple : pour guérir une perte rouge ou blanche, il faut placer l’aimant au centre, c’est-à-dire sur le point d’où part le mal. De même, pour la diarrhée. Grâce à l’attraction, le mal est entravé, les superfluités sont arrêtées au point de départ, d’où il est facile, ensuite, de les chasser par un émonctoire convenable. Mais, le malade n’est pas guéri parce que le flux est arrêté ; il ne le sera que lorsque le mal aura été digéré en son centre. Toutefois, il faut veiller à ce que la colique ne soit pas suivie de constipation : car, lorsque la mauvaise matière est arrêtée dans son lieu de naissance, il est nécessaire qu’elle y soit digérée, et qu’elle en soit chassée convenablement.

Selon moi, le trésor de la médecine consiste à forcer le mal à rester à sa place, se dissoudre dans ce lieu et l’empêcher d’aller autre part. De cette façon, le mal quel qu’il soit est guéri naturellement est guéri naturellement, et non surnaturellement. C’est une honte pour le médecin de ne pas savoir arrêter les maladies dans leurs lieux, les y mûrir et les en chasser lorsqu’elles sont à point. Il faut noter que par ce moyen on peut arrêter l’hydropisie dans son lieu et l’en chasser naturellement. Grâce à l’aimant, la hernie et les vieux ulcères sont arrêtés dans leurs lieux et, ensuite, chassés par l’émonctoire convenable. Pour se servir de l’aimant, il faut savoir qu’il a un dos et un ventre, qu’il repousse et qu’il attire. Voici comment il faut procéder pour arrêter les pertes des femmes dans leurs lieux ; il faut placer le dos de l’aimant à la fin de la ligne et son ventre au commencement. Ce procédé sert, non seulement pour les pertes rouges et blanches des menstrues, mais encore pour toutes les autres pertes analogues. Grâce à ce procédé, les pertes sont arrêtées dans leur centre ; il n’y aura plus, ensuite, qu’à user des remèdes qui font mûrir et digérer. Ainsi, l’estomac qui ne garde pas les aliments, qui les rejette crus doit être contraint des les garder jusqu’à ce qu’ils soient digérés.

De même, dans la suffocation de l’utérus, l’utérus doit être ramené en son centre : pour cela, il faut appliquer à sa base le ventre de l’aimant en le faisant regarder en l’air, et à son sommet le dos de l’aimant ; grâce à ce moyen, l’utérus reste en son centre et ne monte plus. Il n’y a plus qu’à le soigner par les remèdes convenant à la matrice, tels que mica nigra, corallorum perloe.

De même, il faut savoir que le mal caduc, c’est-à-dire l’épilepsie, tend toujours à monter vers le sommet de la tête. Il faut poser sur la tête l’aimant le ventre en bas, le dos en haut, et, ensuite, le tirer vers le bas. Grâce à ce procédé, le mal redescend de la tête au centre. On se sert du même moyen pour faire disparaître le spasme : lorsqu’il est amené à son centre, on fait une onction d’huile de sel. Pour le tétanos, il faut procéder avec le dos de l’aimant. Ce moyen est surtout efficace pour le spasme des femmes enceintes.

Les anciens médecins étaient des andouilles (sic) avec les remèdes qu’ils indiquaient pour les écoulements, avec leurs émonctoires, leurs clystères et leurs purgations. Le meilleur remède contre les écoulements c’est l’aimant : si sur le centre d’un écoulement on place, d’abord, le dos de l’aimant, et, ensuite, son ventre, l’écoulement retourne à son centre, où l’on n’a plus qu’à le mûrir et digérer.

Vous ne le ferez pas disparaître par les purges : chassé par la purge, l’écoulement n’est pas mûri et le mal augmente. Il faut qu’il mûrisse dans son lieu de naissance avant d’en être chassé. Cette maturité se produit grâce à l’Esse Essentisicatum. Par ce moyen sont guéris ulcères, tumeurs, fistules et autres maux semblables.

Il en est de même pour arrêter le sang : il faut arrêter l’écoulement du sang en son centre. Le ventre de l’aimant sert à faire disparaître l’écoulement, et le dos à l’empêcher de revenir. Il ne reste plus, ensuite, qu’à user des remèdes faisant perdre au sang sa fureur ; le sang refroidi, le mal cesse. Il faut employer le même processus pour les hémorroïdes.

L’aimant ressert aussi les ruptures quel que soit l’âge du malade ; il guérit, encore, la jaunisse. Le moyen consiste toujours à attirer, refouler, faire digérer dans le centre.

(Paracelse, traduction du latin)



Paracelse (Philippus Aureolus Theophrastus Bombastus von Hohenheim, dit) :
Médecin suisse (Einsiedeln, 1493 – Salzbourg, 1541). Il enseigna quelque temps à Bâle, mais, exerçant la profession de médecin ambulant, il mena surtout une vie errante. Il rejeta les théories médiévales et se fit défenseur des méthodes expérimentales, s’attirant ainsi l’animosité des ses confrères. Il pressentit notamment le rôle de la nutrition et des facteurs psychiques dans la maladie et introduisit en thérapeutique l’usage de nombreuses substances, telles que le soufre, l’opium, l’arsenic. Sa conception de la médecine était cependant étroitement liée à l’alchimie.

(Extrait de l’Encyclopédie Hachette)